Chères adhérentes, chers adhérents,
Le mouvement de manifestation et de grève « La médecine libérale ne répond plus » est engagé. La manifestation du 10 janvier à Paris réunira tous les syndicats et le taux de participation s’annonce important. La grève du 5 au 15 janvier a commencé. Conscients de la difficulté d’une grève longue en pratique libérale, le SNPP soutient l’appel lancé par AvenirSpé-LeBloc d’une grève surtout concentrée sur les 12, 13 et 14 janvier, pendant l’exil à Bruxelles des chirurgiens. A défaut, chacun pourra adapter sa période de grève sur plusieurs jours du 5 au 15.
Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi la manifestation et la grève ? Le SNPP a organisé un webinaire lundi 5 janvier que vous pouvez visionner sur notre site, avec les interventions du Dr Patrice Charbit sur le climat du conflit, puis du Dr Thierry Toussaint sur les épisodes précédents avec un rappel des difficultés des deux dernières négociations conventionnelles. Enfin, j’ai proposé un topo sur le PLFSS et les multiples attaques de la pratique libérale en 2025 qui ont créé les conditions de cette grève dont voici un résumé.
Côté pile, la Santé Mentale est reconnue Grande Cause Nationale en 2025 et 2026, et les honoraires des psychiatres augmentent enfin. Serions-nous donc ingrats ?
Côté face, la Santé Mentale n’est pas la psychiatrie, la Grande Cause nationale n’est qu’une campagne de sensibilisation, et les honoraires n’ont augmenté que pour 60% des psychiatres libéraux (secteurs 1 et OPTAM), se contentant de rattraper l’inflation. Les secteurs 2 dont le tarif de base n’est pas revalorisé sont renvoyés à augmenter leurs dépassements d’honoraires… ce qui leur est bien sûr ensuite reproché.
En 2025, la médecine libérale en général, et la psychiatrie libérale en particulier ont subi plusieurs attaques :
- Menaces sur les honoraires dans tous les secteurs :
- Secteur 1 : le projet de loi de finance menace de supprimer les avantages fiscaux. Ce PLF n’a finalement pas été voté et la « loi spéciale » permet la continuité de l’État… en attendant un nouveau projet début 2026.
- Secteur OPTAM : la CPAM considère qu’en échange des augmentations d’honoraires, les praticiens en OPTAM doivent réduire leurs dépassements d’honoraires (DH) et propose à tout-va des avenants très restrictifs, aboutissant à beaucoup de résiliations de ces contrats.
- Secteur 2 : le PLFSS 2026 menace d’une taxe de 3,5 % sur les DH, finalement abandonnée.
- Secteur 3 : leurs prescriptions (médicaments, examens complémentaires) seront moins remboursées (validé dans la LFSS finale).
- Proposition de loi n°385 inscrivant FondaMental dans le code de santé publique, sans concertation avec les représentants de la profession. PPL toujours en cours d’examen à l’Assemblée nationale.
- Et dans le PLFSS :
- Augmentation des franchises médicales sur les boîtes de médicaments, rapidement annulée
- Limitation des durées des arrêts de travail initiaux et des renouvellements. Article validé, en attente de décrets d’application. (Nous sommes tout à fait soucieux de la flambée des Indemnités Journalières et prêts à travailler avec la CPAM sur ce sujet, mais on ne nous propose ici qu’une contrainte et toujours pas de solutions)
- Sanction pour non-utilisation du DMP, jusqu’à 10 000 €/an ! Cet article 85 a été voté, puis annulé in extremis par le Conseil Constitutionnel. (Nous sommes pourtant tout à fait intéressés par ce DMP, qu’on aimerait voir fonctionner correctement avant d’être sanctionnés pour ne pas utiliser un outil défaillant).
- Amendement 159 déremboursant toute activité se référant à quoi que ce soit de psychanalytique. Amendement abandonné, mais récurrent
- Et surtout ONDAM (budget global) qui n’augmente que d’environ 3% (chiffre encore flou) pour les soins de ville, annonçant dès maintenant qu’en 2026 à nouveau, le « comité d’alerte » devra intervenir… probablement justement avec les articles 77 et 78
- Articles 77 et 78 : pleins pouvoir au directeur de l’Assurance Maladie pour diminuer les tarifs des actes techniques hors de toute discussion conventionnelle ! Notre ministre de la Santé Stéphanie Rist annonce certes que ce n’est qu’une « possibilité » qui ne sera bien sûr jamais appliquée tant qu’elle est ministre (pendant combien de semaines ?), et même Marguerite Cazeneuve, ex numéro 2 de la CPAM, déclare que « cela reviendrait à tuer le principe même des négociations conventionnelles ».
- Cumul emploi-retraite impossible avant 64 ans pour ceux qui y auraient droit (principalement des femmes) et dont la pension de retraite serait amputée de chaque euro de revenu de leur emploi.
- Reversement des honoraires vers les CHU pour les internes en stages chez des médecins libéraux, et non plus pour le médecin maître de stage.
Alors certes, les mesures les plus menaçantes ont été finalement abandonnées, mais ce cumul d’attaques contre les médecins libéraux est inédit, menace tous les secteurs d’exercice, et tout ce qui a été mis de côté reste néanmoins une menace actuelle. Stéphanie Rist déclare notamment que les dépassements d’honoraires abusifs devront être maîtrisés (selon quelles définitions et modalités ?). L’ONDAM annonce déjà que des nouvelles mesures seront prises en cours d’année….
Et les futures négociations conventionnelles se feront le couteau sous la gorge : la sortie vers le secteur 3 est bridée, et le directeur de la CPAM peut décider tout seul si la négociation est bloquée.
Bref, la psychiatrie en crise ne connaîtra toujours pas le choc d’attractivité tant promis, aucun projet constructif ne permet d’espérer une amélioration des conditions de travail et d’attractivité, toutes ces attaques se font en dehors des négociations conventionnelles, court-circuitent les syndicats.
Alors l’ensemble des syndicats de médecins libéraux appelle :
- A manifester à Paris samedi 10 janvier à 14 h, départ devant le Panthéon, et jusqu’au ministère de la Santé
- A faire grève plusieurs jours du 5 au 15 janvier, en particulier les 12, 13 et 14 janvier, rejoignant la consigne d’AvenirSpé-LeBloc
Pour rappel, en pratique libérale, il n’y a pas de déclaration de grève à faire. Les sites réunissant des « intentions » seront confrontés à la réalité des diminutions d’actes observés par la CPAM durant cette période. Les praticiens libéraux sont leurs propres employeurs.
Nous ne revendiquons pas ici d’augmentation de nos revenus, nous revendiquons de sauver le système de soins.
Contrairement à ce que déclare Marguerite Cazeneuve, il ne s’agit pas d’une grève liée à des « peurs rétrospectives » mais bien d’une grève à visée prospective face aux menaces qui se multiplient contre la pratique libérale.
Rejoignez-nous Samedi 10 janvier à 14h, fermez vos cabinets, soutenez le mouvement, parlez-en autour de vous,
