Ségur de la Santé : demandes du SNPP

Le Ségur de la Santé

 

Monsieur le Ministre de la Santé,

Madame Nicole NOTAT,

Le Ségur de la santé vient de s’ouvrir, annonçant en « Pilier n°1 : Transformer les métiers et revaloriser ceux qui soignent ».

Le Syndicat National des Psychiatres Privé (SNPP), membre de la CSMF, des Spécialistes CSMF et d’Avenir Spé, tient à insister sur le rôle central des psychiatres privés (libéraux et salariés de cliniques et du médico-social), à l’heure où on parle d’une deuxième vague à fortes manifestations psychiatriques.

Les sombres prévisions sur les effets socio-économiques de la crise du COVID19 auront effectivement des conséquences psychiatriques graves et longues à soigner.

Les psychiatres libéraux exercent, vous le savez, une activité conventionnée et donc une mission de service publique.

Durant la période du confinement, ils ont su s’adapter à la pratique en téléconsultation qui ne leur était pas encore familière. Ils ont été sollicités pour des situations de crise psychotique, des dépressions suicidaires, et autres situations fortement anxiogènes. Pour les patients qui se sont sentis « protégés » pendant le confinement, c’est le déconfinement qui est alors souvent anxiogène. Mais sans doute le pire est à venir.

Les psychiatres libéraux exercent souvent tôt le matin, ou tard le soir, et ne rechignent pas à la tâche. Leur réactivité et leur capacité d’adaptation a été exemplaire. Ils sont restés sur le terrain autant que possible. Ils se sont montrés très attentifs à l’accès aux soins, dans le cadre de la solidarité nationale. Ils ont mis en place des réseaux de soutien aux soignants exposés au Covid, en particulier les infirmiers, aides-soignants et internes en médecine.

La souplesse de leur réactivité et leurs capacités d’adaptations sont multiples et soulignent une approche artisanale personnalisée qui convient plus que jamais à la souffrance psychique.

Le vieillissement de la population rend nécessaire une prise en compte de la perte d’autonomie et de la dépendance qui sont l’occasion de douleurs physiques, et psychiques. De formation médicale, les psychiatres sont les plus à même d’être au carrefour des différentes intervenants. Les psychiatres privés permettent un accompagnement ciblé de l’intime pendant très longtemps, par une disponibilité ajustée à la clinique. Malgré une prise en charge de leurs visites à domicile très défavorable, ils peuvent accompagner longtemps leurs patients, parfois connus depuis de longue date, avec, si besoin en est, leurs entourages familiaux ou professionnels.

Le virage ambulatoire de la psychiatrie, avec la diminution drastique du nombre de lits hospitaliers sans création de suffisamment de moyens d’aval, a reporté une part importante du suivi de patients difficiles vers les cabinets libéraux, sans avoir pour autant accès à toute une équipe de soins.

Mais notre profession est en souffrance, tant à l’hôpital qu’en libéral. Des places d’internat de notre spécialité restent vides. Le manque d’attractivité est criant. Bien sûr, les psychiatres sont parmi les spécialités ayant les plus bas revenus des médecins en France, et les psychiatres français sont parmi les moins bien rémunérés d’Europe.

Du côté des psychiatres privés de clinique, on a vu disparaitre quasiment toutes les cliniques indépendantes, absorbées une à une par des grands groupes financiers, souvent parce qu’elles ne pouvaient pas répondre seules aux exigences inadaptées de multiples normes et autres accréditations. S’il est loin d’être sûr que la qualité des soins soumis aux enjeux financiers et administratifs ait augmenté, l’indépendance médicale a évidemment été attaquée et les projets de soins spécifiques disparaissent au profit d’une uniformisation. Les médecins libéraux n’ont là non plus jamais bénéficié de ces mannes financières, dont de grands groupes internationaux savent jouer.

Du côté du médico-social, et en particulier des CMPP qui assurent une large part des soins de pédopsychiatrie, la situation est presque pire, si l’on devait se risquer à une hiérarchisation de la pénurie. Ces derniers mois, l’ARS de Nouvelle Aquitaine impose de réorganiser toute cette filière de soin au seul profit des troubles neuro-développementaux, avec des propositions de soins protocolisés, évacuant toutes les autres souffrances de l’enfant… qui ne pourront pas être reçus dans le service public agonisant. Aujourd’hui encore, la France délaisse les familles pour envoyer des enfants dans des centres situés à l’étranger. Là encore, les conventions collectives des psychiatres privés qui exercent en CMPP ne sont pas plus revalorisées. Certains de ces enfants pourront peut-être se tourner vers des psychiatres libéraux, mais la durée de ces consultations est encore trop mal prise en compte dans le système de cotation de la sécurité sociale, largement désincitatif.

Le Ségur de la Santé annonce vouloir prendre en compte la situation préoccupante de la psychiatrie. Toute réforme du système de santé qui ne revaloriserait pas la psychiatrie privée serait un mépris pour la souffrance psychique et les soins qu’elle demande.

Le manque d’attractivité de nos métiers, qui ont tant d’impact sur la société qui doit se reconstruire est un handicap majeur. Il n’y aura pas de rebond de la démographie médicale pour assurer les soins nécessaires. Mais l’heure est venue d’envoyer un signal fort à la profession.

Si le souci pour la santé physique et psychique des citoyens a une valeur, alors elle vaut un investissement, c’est-à-dire aussi un prix. La négligence des conséquences sociales des souffrances individuelles en nombre, en privilégiant exclusivement les parcours algorithmiques des soins au nom de l’efficience, a conduit à une grave erreur stratégique. Ce n’est plus à démontrer.

Cet investissement ne peut pas négliger la vie réelle des professionnels de santé et leur formation. L’attractivité du métier de psychiatre pour une pratique qui allie l’apport des soins proprement médicaux, la psychopathologie et la vie sociale reste un préalable incontournable. Cette complexité de la pratique réelle, et des effets attendus, est spécifiquement au cœur du métier de psychiatre. Le SNPP regrette la survalorisation d’une psychiatrie technique et médicamenteuse, favorisée par le système des publications dans les revues à fort impact factor, aux dépens des sciences humaines. Depuis plus de 20 ans, les jeunes psychiatres se plaignent de ne pas être assez formés aux dimensions psychologiques et sociales, et sont amenés à chercher dans l’escalade médicamenteuse des réponses qui ne s’y trouvent pas toujours.

Alors si le Ségur de la Santé a pour ambition de « revaloriser ceux qui soignent », les psychiatres privés attendent qu’une attention toute particulière leur soit accordée,c’est à dire aux moyens qu’un État choisit de se donner pour des objectifs qu’il se donne.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.